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Chemins d'art en Armagnac - ''caresser l'écorce des choses''
Proposée par
Canalmatabiau
A
Chapelle de l'ancien[...]
Date et lieu
La sortie se déroulera à
CONDOM (32100)
,
le
Dimanche 31 mai 2026
.
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Sortir sur CONDOM (32100)
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Sortir le Dimanche 31 mai 2026
Frais et durée
Frais prévus
:
Entrée Libre
Durée prévue
:
La demi-journée
Description de la sortie
Chemins d'Art en Armagnac. Caresser l'écorce des choses
du 22 mai au 14 juin 2026
édito de l’association chemins d’art en armagnac
ATTENTION: Exposition sur Trois lieux différents et espacés d'un vingtaine de minutes environ..
Pour l’édition 2026, Chemins d’art en Armagnac et Documents d’Artistes Occitanie renouvellent leur partenariat pour dessiner ensemble un parcours d’art contemporain en dialogue avec le patrimoine historique de la Ténarèze, avec la collaboration de Stefania Meazza comme commissaire des expositions. C’est au sein des sites choisis pour cette édition, où les objets et les matières livrent des récits muets, où le regard s’arrête sur les traces du temps, que les artistes seront invité·es à correspondre avec eux et avec les habitant·es, pour produire des œuvres contextuelles.
Pour Documents d’artistes Occitanie, c’est l’occasion de proposer des collaborations avec des artistes des deux fonds documentaires Documents d’artistes Occitanie et Documents d’artistes Occitanie Émergence et de confier la conception de l’identité graphique de l’événement à Anna Philippi, jeune graphiste basée à Toulouse.
Une attention particulière est accordée à la dimension participative des créations des artistes, qui se font, selon la méthodologie mise en place par l’association Chemins d’art en Armagnac depuis le début de cette manifestation, en échange constant avec les habitant·es, mais aussi les bénévoles et le public scolaire.
Anna Meschiari et Guilhem Roubichou bénéficient d’un temps de résidence, pour la conception et la réalisation de leurs œuvres respectives, qui se nourrissent des échanges avec le public adulte et enfant.
En résonance avec l’identité des lieux choisis pour l’édition 2026, c’est la dimension du « faire » qui constitue la ligne directrice des interventions.
Comme l’anthropologue anglais Tim Ingold le dit, pour comprendre le monde, les artistes, en tant que praticien·nes, se mettent à l’écoute du matériau qu’ils et elles travaillent, s’ouvrent à ses potentialités ; tantôt ils et elles guident, tantôt ils et elles se laissent guider par le bois qu’ils et elles poncent, le verre qu’ils et elles polissent, les fils de soie qu’ils et elles nouent.
Nous aussi, le public, nous sommes invité·es à participer à cette expérimentation, à nous confronter à la matière, à entremêler notre corps à notre environnement, à s’engager avec le monde.
Et alors, pour cette édition encore, nous avons envie de vous inviter à lâcher prise, à faire confiance à l’art, à suivre les artistes dans ce flux avec le monde qui nous entoure. Au-delà de l’exposition d’œuvres, il s’agira d’une invitation à appréhender un « mode d’attention au monde ».
Caresser l’écorce des choses
Il était une fois un dieu qui s’ennuyait et qui décida de rejoindre les humains sur terre pour leur apprendre à rêver. Malgré leur capacité innée à désirer l’impossible, les humains passaient en effet leur temps à travailler et à se livrer bataille. Il choisit donc une île sauvage et rocheuse à la nature apparemment hostile et s’y établit. Il fabriqua des ruches rudimentaires, avec des pierres et du liège, pour ses abeilles qui le suivaient partout.
Un jour, alors qu’il dormait paisiblement, une abeille vint le déranger. Avec un geste involontaire de la main, il essaya de l’éloigner, mais il déclencha instinctivement des étincelles qui transformèrent l’essaim en une multitude de petites déesses volantes, appelées janas. Elles s’installèrent dans les montagnes, en y creusant des habitations, et fabriquèrent des métiers à tisser géométriquement parfaits comme des ruches. Elles savaient lire l’avenir et chanter.
Et puis, des bateaux arrivèrent sur l’île, chargés d’un peuple inconnu, rude et guerrier. Grâce au travail sans relâche des femmes, ils construisirent des villes pourvues de grandes tours circulaires en pierres. Les janas, voyant les femmes transporter de lourdes pierres,
les approchèrent et leur proposèrent de quitter cette tâche ingrate pour apprendre le tissage à l’aide de fils dorés. Grâce à la technique des janas et à la patience des femmes, l’alphabet naquit de la couture et avec lui la poésie et finalement l’art tout court.
Avec ces paroles, l’écrivain Giuseppe Dessì situe l’origine de l’art du tissage en Sardaigne. Maria Lai, plasticienne sarde proche de Dessì, reprend cette légende dans Il Dio Distratto, une œuvre textile
de 1990, prenant la forme d’un livre où l’écriture est remplacée par des formes cousues.
Retour à Condom, octobre 2025.
La visite des sites que l’association Chemins d’art en Armagnac a sélectionné pour l’édition 2026 m’a mis face à une évidence : dans ces lieux, les objets, en usage ou abandonnés, et les matières, vivantes ou en dormance, nous livrent des récits muets, nous poussent à correspondre avec elles, à tendre l’oreille pour prêter attention aux traces du temps. Ici, les matières, travaillées par le geste artisanal, ont donné vie ou donnent vie encore aujourd’hui à des objets. Depuis quelques années, les artistes contemporain·es témoignent d’une sensibilité accrue aux gestes de l’artisanat1 : des techniques autrefois reléguées aux savoir- faire vernaculaires, des modalités de fabrication manuelle ou artisanale sont réinvesties. Et pourtant les deux domaines, art et artisanat, ont demeuré bien distincts depuis la Renaissance : les rapports hiérarchiques entre les « Beaux-Arts » et les arts décoratifs en sont la preuve. En art contemporain, cette tendance actuelle au
« faire soi-même » ne reflète pas une approche conservatrice ou traditionaliste de l’art, mais incarne au contraire une critique du système de production et de consommation de la société moderne et traduit une aspiration libertaire, égalitaire et solidaire.
Dans l’Angleterre bouleversée par la révolution industrielle, le designer et auteur anglais William Morris avait déjà avancé une critique radicale au mode de production industriel. Pour Morris, la défense des pratiques artisanales représentait la remise en question du modèle compétitif sur lequel reposait l’industrie, des conditions de travail inhumaines que ce système impliquait et de la laideur des objets produits par la mécanisation, dépourvus d’âme et d’amour. Résolument socialiste, Morris prônait un travail épanouissant pour chacun·e, respectueux de la beauté, de l’utilité et des matières premières. Il est en effet question de soin dans le geste de Rémi Groussin. Ses paysages lumineux naissent de la collecte de fragments d’enseignes, luminaires domestiques, reliquats disparates, que l’artiste assemble et réactive. Composées à partir de ce qu’il existe déjà, les installations de Rémi Groussin clignotent, tantôt faiblissent, tantôt s’éteignent, en dessinant un nouvel espace sensible, telles des ruines du passé. Elles pointent l’usure du monde en fertilisant le présent.
Guilhem Roubichou s’imprègne aussi du passé pour produire, dans ses installations, une nouvelle lecture des lieux. Dans son travail, la collecte et l’assemblage jouent également un rôle majeur et se nourrissent d’un échange constant avec les autres. Pour Guilhem Roubichou, les matières et l’humain appellent la même écoute. Dans cet éloge de l’impureté, du défaillant, de l’obsolète et de l’anachronique, il ne s’agit pas de lire un message, mais de déceler la vie de l’objet et, à travers elle, celle des autres. Le geste artisanal convie également la notion de transmission : Aria Maillot l’interroge en travaillant les processus de fabrication et de métamorphose des matières et notamment celles vivantes et alimentaires. Dans son approche sensible, la transmission n’est plus seulement une question d’apprentissage, mais incarne plus largement le passage du temps, dans un parallèle entre matière et corps, entre ce qui peut être distillé, et ce qui périme, pour livrer une interprétation personnelle, et à la fois universelle, d’héritage, de patrimoine - et de matrimoine2 .
Le corps revient dans le travail d’Anna Meschiari, cette fois dans sa relation aux lieux et à leur perception. Ses installations convoquent souvent une dualité entre l’intérieur et l’extérieur, par l’adoption de matériaux tantôt transparents tantôt opaques, entre ce qui est visible et ce qui se dérobe au regard. L’intimité des espaces clos fait écho aux souterrains filmés, aux espaces révélés par la caméra de l’artiste et ses mouvements, chargés d’ombre et de symboles. « L’art se fait avec les mains. Elles sont l’instrument de la création, mais d’abord l’organe de la connaissance. (…) (L’artiste) touche, il palpe, il suppute le poids, il mesure l’espace, il modèle la fluidité de l’air pour y préfigurer la forme, il caresse l’écorce de toute chose, et c’est du langage du toucher qu’il compose le langage de la vue – un ton chaud, un ton froid, un ton lourd, un ton creux, une ligne dure, une ligne molle »3 .
Comme dans l’artisanat, chaque geste technique pose une question à laquelle le matériau répond en fonction de ses qualités : c’est le cœur de l’enseignement de l’anthropologue britannique Tim Ingold4 . Faire implique un processus de mise en correspondance : l’artisan·e, mais aussi l’artiste, n’impose pas une forme préconçue par son esprit à une substance matérielle brute, mais se met à l’écoute du matériau qu’il·elle travaille, s’ouvre à ses potentialités, s’insère dans des processus qui sont déjà à l’œuvre, pour dessiner le monde en devenir. Tantôt il·elle guide, tantôt il·elle se laisse guider par la lumière qu’il·elle réactive, par les objets qu’il·elle réveille, par la matière organique qu’il·elle manie, par les espaces qu’il·elle parcourt, par les aspérités du monde, par l’écorce des choses.
Après les œuvres où le fil joue un rôle majeur, l’artiste sarde Maria Lai a développé pendant les années 1970 un travail riche et original à partir de la panification, en écho à l’artisanat des pains rituels de Sardaigne. En réaffirmant ce parallèle entre le langage artistique et les gestes de l’artisanat, elle affirme que « chaque portion de pâte à pain se transforme de manière inattendue comme si elle suivait une loi interne à la matière. Cette capacité de se générer soi-même est la magie infinie du pain - et aussi de l’art »5 .
Stefania Meazza, commissaire et coordinatrice de Documents d’artistes Occitanie
En savoir davantage :
https://ddaoccitanie.org/fr/regards/chemins-d-art-en-armagnac-caresser-l-ecorce-des-choses
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Places disponibles :
49
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